Un frisson au bord des veines, dix semaines de samedis soirs et de mercredis après-midis. Toute une éternité pastelle sous mon soleil provincial. Et soudain, il me semble que toute une vie de bonheur frémissant pourrait suffire à faire de l'existence une raison suffisante au froid de décembre. J'ai arrêté de vouloir tourner les pages. Je rédige. J'ai encore tant envie de belles larmes que je me demande comment j'ai pu si longtemps tâtonner sans entrapercevoir l'évidence. Alors je vais me donner les moyens de créer, et le temps nous dira comment tout cela évoluera. Je veux me laisser bercer, doucement. A l'ombre de notre marronnier, de mon marronnier. Me laisser porter, et me découvrir, qui sait, peut-être, une aptitude à la tendresse. Je veux plus lâcher mon talent heureux, par crainte de finir par perdre mon potentiel euphorique. Et je retrouve une sérénité salutaire. La promesse de nouveaux jours. Je me sens bien, et pourtant, ce soir, c'est dimanche. Et même si la nuit s'est levée, même si je devrais attendre demain soir pour mes crêpes, même si demain matin, il faudra, peut-être, tout recommencer à nouveau, pourtant, ce soir, dans la tiédeur épaisse de mon monde, pourtant, ce soir, sur mon coin de planète, il fait beau pour toujours. Tout ira...